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NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Racisme d’État, racisme policier : le nommer, agir et en finir

    3 juin 2020

    Lutter contre le racisme et les violences policières à Dijon

    Alors que les images de l’assassinat de George Floyd aux États-Unis et des manifestations qu’il a entraîné font le tour du monde, en France, la question de la construction d’un mouvement antiraciste se pose également. Les participations soutenues aux manifestations en soutien au Comité Adama du 2 juin un peu partout en France incarnent une réelle volonté pour toute une frange de la population de s’investir dans la lutte antiraciste. [1] Quel état des lieux pouvons nous faire de ces luttes à Dijon ?

    Tout d’abord, le racisme s’exprime ces dernières années par l’acharnement préfectoral sur les migrant.e.s qui vivent dans la région Bourgogne : expulsions zélées des sans-papiers, rejet des régularisations et du dialogue, expulsion régulière de squats qui sont pourtant la seule alternative à la rue pour des centaines de personnes face à l’absence de réponses de l’État. Les pouvoirs locaux comme nationaux abandonnent des personnes dans des situations sociales catastrophiques, qui ne tiennent qu’avec la solidarité des associations et militant.e.s de la région. Le racisme s’est également récemment exprimé dans notre région au sein du Conseil Régional, par une agression islamophobe du groupe du Rassemblement National face à une femme portant le voile en sortie scolaire, dans un contexte où le ministre de l’éducation Blanquer voulait inscrire dans la loi l’interdiction du port du voile pour ces mêmes sorties scolaires. [2] Aussi, les habitant.e.s des quartiers populaires sont dans le Grand Dijon comme ailleurs soumis à un fort taux de chômage, qui va s’accentuer avec la crise économique en cours, ainsi qu’au problème du logement et de l’accessibilité aux services publics. Comme ailleurs, ces quartiers tendent avec les politiques publiques d’urbanisme à être enclavés, et soumis au régime raciste de la police, des Brigades Anti-Criminalité (BAC) et leurs contrôles au faciès. Cependant, les violences policières et la répression contre le mouvement social, dénoncées par l’Observatoire des violences policières et de la répression dijonnais, montrent que des pistes unitaires existent pour s’organiser. La solidarité exprimée par les dijonnais.e.s en soutien aux migrants ces dernières années dans le mouvement social, les écoles et les quartiers également.

    Du confinement au déconfinement, un printemps marqué par la question des violences policières

    Le 23 mai dernier, l’artiste Camélia Jordana exprimait sa peur de la police à la télévision. Séquence inhabituelle tant le sujet est invisible dans les médias dominants, l’artiste exprime publiquement la réalité pourtant simple qu’en France, on peut mourir du racisme : « Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau, c’est un fait ». [3] Les réactions violentes des syndicats policiers, marqués à l’extrême-droite, des partis de droite, de la majorité LREM, du RN et du ministre de l’Intérieur lui-même pour une phrase factuelle prononcée dans le cadre d’un débat, dessinent à elles-seules l’ampleur systémique du racisme dans le pays. Il faut dire qu’en France, 676 personnes sont mortes tuées par la police en 43 ans, dont la moitié désarmées (selon une enquête du magazine Bastamag [4]), avec une absence quasi-totale de condamnations. Un véritable permis de tuer pour le bras armé de l’État alors que les témoignages oraux et vidéos de contrôles au faciès, d’humiliations, harcèlements et agressions policières sont endémiques.

    Si cette violence policière raciste, invisible à la télévision d’habitude, fait surréagir ceux qui l’encadrent, on notera l’absence de réaction du pouvoir et des médias lors des nombreux actes islamophobes contre les mosquées ces dernières années, des violences anti-rroms décomplexées, de la multiplication des projets d’attentats racistes ou encore cette semaine de la perte de son œil d’un adolescent de 14 ans résidant à Bondy, après une interpellation policière dans la nuit du 28 mai. [5] Dans les médias, pour parler du racisme, ce ne sont pas les militant.e.s antiracistes comme Assa Traoré - dont le frère Adama Traoré a été assassiné par la police en 2016 par asphyxie selon une méthode similaire à celle qui a tuée George Floyd - qui sont invité.e.s sur les plateaux, mais des idéologues comme Eric Zemmour qui ne représentent personne, adeptes de thèses fascistes comme celles du « Grand Remplacement » et de la réhabilitation du Maréchal Pétain, et qui bénéficient de toute l’attention de la présidence de la République.

    Plus récemment, les violences policières racistes dans les quartiers populaires durant le confinement se sont multipliées, mettant encore une fois en exergue une inégalité des droits dans la population. La gestion policière des migrants, sujets à de nombreuses violences psychologiques et physiques, à la mort aux frontières françaises (Plus de 20 000 morts et disparus recensés en méditerranée entre 2014 et 2020 selon l’ONU), à l’enfermement dans les centres de retentions, exprime également le caractère systémique du racisme d’État et de la police. C’est également un racisme décomplexé qui s’exprime dans la classe politique et médiatique, infusée dans des idées racistes partagées avec le Rassemblement National, auquel elles prétendent faire barrage, alors que les lois contre les migrants et pour l’impunité policière sont votées par des gouvernements de droite et de « gauche » depuis des années. Un groupuscule fasciste comme Génération Identitaire a-t-il besoin de se rendre dans un col des Alpes pour « arrêter les migrants » quand la frontière et le racisme d’État suffisent à tuer en toute légalité ?

    Construire un front antiraciste ancré dans le mouvement social

    Si le racisme d’État n’est pas nouveau en France, sa décomplexion politique de plus en plus forte dans la classe politique bourgeoise et la police ces dernières années (54% de vote FN chez les policiers en 2017 selon une enquête Cevipof) inquiète dans un contexte également marqué par la montée de l’autoritarisme. L’interdiction de la manifestation du 2 juin 2020 pour la reconnaissance du meurtre d’Adama Traoré par le préfet de police Lallement, connu pour sa gestion autoritaire des manifestations du mouvement social (en particulier des gilets jaunes), illustre l’articulation entre le racisme d’État et la répression sociale dans son ensemble. L’austérité des politiques néo-libérales qui touche les classes populaires en France depuis plusieurs années se double de ce racisme systémique sur les questions de l’emploi, du logement, des conditions de vies. C’est la double peine pour les victimes du racisme, exploitées à la fois par le patronat en tant que travailleuses et menacées pour leur existence même. L’autoritarisme dans les quartiers populaires, soumis à cette double violence raciste et de classe, rend visible le fait que les victimes du racisme sont dans les classes populaires une composante à part entière, qui doit avoir sa place dans les luttes sociales. Loin d’être un fait anecdotique, le racisme structure la politique autoritaire du gouvernement, ses préfectures et sa police, comme un de ses fondements, qui nous appelle à la nécessité de la construction d’un antiracisme politique ancré dans le mouvement social, pour l’émancipation de tou.te.s. La montée du Rassemblement National et la contagion de ses idées dans la bourgeoisie doit aussi alerter. L’urgence est au développement des solidarités locales, nationales et internationales pour s’organiser face à ces politiques racistes, xénophobes, autoritaires, austéritaires. La diversité du mouvement social, syndicats, partis, collectifs, associations, lieux militants, militants des quartiers populaires, doit se saisir de l’élargissement de la question de l’antiracisme politique. Un front antiraciste, relié à la lutte globale contre l’autoritarisme, le capitalisme, le patriarcat, la progression des idées fascistes, pourrait être en mesure de poser un cadre pour organiser nos résistances et réfléchir à la société que nous voulons, organisée par en bas, mettant à bas les rapports de dominations, la suprématie blanche, la domination patriarcale et bourgeoise. Un front d’autant plus urgent qu’il serait capable de susciter l’adhésion de franges non-militantes de la population en quête d’une alternative qui manque, en France comme États-Unis.

    Le contexte américain de montée du racisme avec le mandat Trump, favorable aux mouvements suprémacistes et fascistes (une vingtaine d’attentats entre 2010 et 2020) alerte également et nous enjoint à regarder à l’international. La montée des politiques racistes et fascistes dans plusieurs pays (Hongrie, Brésil, Russie, Italie, Chine...) montre que c’est bien le visage d’un fascisme moderne qui émerge dans un contexte de crise économique. Cette ascension nous renseigne aussi sur l’impuissance des partis bourgeois « progressistes », Parti Démocrate aux États-Unis et divers partis sociaux-démocrates en France, à incarner une alternative antiraciste et d’émancipation de classe. Ce contexte international et la montée du Front National en France, vaisseau amiral des idées racistes, nous enjoint également à penser l’antifascisme comme une priorité politique, à organiser l’autodéfense populaire et la solidarité en pratique.

    Le succès de la marche des solidarités portée par les sans-papiers à Paris le 30 mai [6] et des manifestations en soutien à la famille Traoré, dans le sillage du déconfinement, l’élan contre les violences policières à l’international, montrent que la lutte pour la justice sociale paie, suscite l’espoir et doit continuer.

    Ici comme ailleurs, contre tous les racismes, une société au visage autoritaire et les réformes capitalistes, organisons-nous !

    [1] https://npa2009.org/actualite/antiracisme/marches-antiracistes-de-minneapolis-paris-cest-maintenant-que-ca-se-joue

    [2] http://bourgogne-franche-comte.npa2009.org/?Agression-islamophobe-au-Conseil-Regional-de-Bourgogne-Franche-Comte

    [3] https://npa2009.org/actualite/societe/cachez-ces-violences-policieres

    [4] https://bastamag.net/webdocs/police/

    [5] https://www.bondyblog.fr/societe/police-justice/gabriel-14-ans-a-cru-quil-allait-mourir-en-garde-a-vue/

    [6] https://npa2009.org/videos/bilan-de-la-marche-des-solidarites