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NPA Bourgogne Franche-Comté
  • La dette des États, un instrument de domination contre lequel il nous faut lutter, aux côtés notamment des travailleurs et travailleuses des pays africains !

    22 avril 2020

    La dette des pays est un sujet récurrent des discours politiques et programmatiques des partis bourgeois dans les pays du Nord. Elle est le principal argument qui a justifié toutes les politiques d’austérité et de baisse des dépenses publiques ces dernières années. Les gouvernements successifs en France se cachent derrière les impératifs budgétaires qu’ils ont contribués à mettre en place à l’échelle Européenne pour se dédouaner auprès de leurs électeurs – stimulant au passage des mouvements néofascistes fondés sur un souverainisme anti-européen. Mais les classes dominantes ont besoin de la dette, pour asservir les populations dans leurs propres pays, comme pour contrôler les activités d’autres États qui sont leurs débiteurs ! Ce sont eux qui ont écrasé la Grèce en pesant sur le gouvernement de Tsipras depuis 2008, en lui refusant tout allégement de la dette et toute annulation, même partielle !
    Il en va de même dans les pays du Sud. Aujourd’hui la dette extérieure des pays africains s’élève à plus de 500 milliards de dollars US. Elle s’est considérablement accrue depuis la crise financière de 2008-2009. De fait, dans la division internationale du travail, ces régions sont surtout productrices de matières premières, agricoles et minières, victimes de contrats commerciaux léonins – très inégalitaires – et de multinationales extractivistes dont les sièges sociaux sont en Europe et aux Etats-Unis. Les prix de ces matières qui sont décidés par les spéculateurs des bourses du Nord, ont beaucoup baissés des suites de la crise, creusant d’autant les dettes publiques de ces États.
    L’annonce de Macron, le 13 avril d’une « annulation massive de la dette » des pays dont les banques françaises détiennent des créances ne trompera pas ! Les gouvernements et les classes possédantes des pays du Nord ont bien trop intérêts au paiement de cette dette ! Non seulement des intérêts économiques mais aussi des intérêts politiques : la dette est un moyen de pression pour faire plier des États d’Afrique et du Moyen-Orient et favoriser l’exploitation de leurs populations par les multinationales occidentales ! Finalement, seul un moratoire sur les échéances de paiement de l’année 2020 est prévu. Ce n’était que de l’affichage ! Une fausse générosité de bon aloi dans la crise sanitaire internationale !
    Pourtant, une véritable annulation de ces dettes pourrait permettre de soulager les dépenses publiques de ces États et de mettre en place des politiques sanitaires ambitieuses ! De fait, au lieu d’être immobilisé par la dette, l’argent public pourrait être redirigé vers des dépenses nécessaires à la survie de millions de personnes. La situation de crise sanitaire et les risques qu’elle fait peser sur la santé des populations révèlent crûment le caractère illégitime voire odieux des créances européennes sur les pays du sud ! Rappelons-nous que les principaux créanciers des pays africains sont aux côtés des institutions financières internationales, le FMI et la Banque Mondiale. Ces institutions assujettissent chaque tranche de crédits qu’elles accordent aux États de plans « d’ajustement structurel », un euphémisme pour qualifier un assèchement des dépenses publiques et une privatisation généralisée des services publics, notamment ceux de la santé. Ces politiques profitent aux investissements des multinationales. La boucle est bouclée ! On voit là directement comment les dettes détenues par les pays du Nord détruisent toute possibilité de démocratie à l’intérieur des États, puisque les politiques leurs sont imposées de l’extérieur ! C’est en ce sens qu’elles peuvent être appelées illégitimes ! Pire, elles deviennent directement responsables de la mort des personnes, dans le cas de cette épidémie. Elles doivent être alors dénoncées comme odieuses ! Cette épidémie rend ici visible un sujet qui est une triste réalité depuis longtemps : face au covid-19, la dette devient une question d’hygiène pour Macron et son monde, mais ceux-ci continuent leur politique meurtrière lorsque les épidémies d’Ebola, de Malaria ou de Tuberculose ne touchent pas directement leurs électeurs.
    Ça arrange bien les dominants que la question paraisse technique ou compliquée, alors que le système est simple. Tout le monde sait ce qu’est une dette ou un crédit et ce qu’ils impliquent. Et là, la ficelle est trop grosse et il en va de la survie d’êtres humains ! Pour cette raison, il nous faut nous, internationalistes, nous emparer de la question de la dette. Cette situation pandémique mondiale est un bon moment pour avancer dans la compréhension de ces processus de domination et d’exploitation. Même s’il y avait a minima un moratoire possible des dettes publiques dans les pays du sud – et pourquoi pas dans les pays du nord d’ailleurs ! – il ne s’agit pas de laisser un chèque en blanc aux gouvernements bourgeois quelle qu’en soit la nationalité ou aux dictateurs de tous bords. Il faut imposer un audit de la dette et un contrôle citoyen des dépenses publiques ! Cela fera aussi ressortir, comme pour le cas de la Grèce, que ce sont des banques privées, notamment françaises (BNP, Société générale...), qui détiennent la dette publique et auxquelles nous sommes confrontés comme les peuples du Sud : nous devrons les réquisitionner dans notre intérêt commun.

    Pour aller plus loin sur cette thématique, voici les analyses et les revendications portées par le Comité pour l’Abolition des Dettes illégiTiMes (CADTM) (liens hypertextes) :
    « L’annulation massive de la dette africaine » annoncée par E. Macron accouche d’une souris
    Annulation de la dette publique des pays africains pour leur permettre de faire face à la pandémie Covid-19
    Abolir les créances illégitimes et odieuses réclamées par les pays d’Europe à des tiers et donner la priorité absolue à la garantie des droits humains
    Le Covid-19 à l’assaut de la dette