NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Crise sanitaire et conditions de travail : comme une lettre à la Poste ? Pas vraiment !

    Depuis plusieurs jours, les réouvertures de bureaux de Poste se multiplient, au mépris des conditions de travail des postier·es, de leur sécurité et de celle des usage-res. Quant aux missions de service public, c’est un prétexte : en pleine crise, c’est encore la course aux profits qui prime !

    • Des précautions sanitaires suffisantes...Vraiment ?
      A en croire Philippe Wahl, Président de La Poste, les moyens seraient au rendez-vous pour assurer la santé des postier·es. Dans le même temps, il précise « qu’il y a cinquante bureaux qui ferment tous les jours à cause d’un cas de coronavirus ». A mi-avril plus de 1300 bureaux sont ou ont été fermés, même ponctuellement. Cela veut dire qu’au moins 1300 agent⋅es ont été suspecté⋅e⋅s d’être contaminé⋅e⋅s, ainsi que les collègues qui ont été quotidiennement à leur contact ! Ainsi, à Grangier, en plein centre-ville de Dijon, au moins deux agent-es ont été contaminé⋅es, il a fallu fermer le bureau, l’un des plus fréquentés de la ville, et le désinfecter en urgence.
    • Ouvrir des bureaux, mais sans moyens !
      Au début, le nombre de bureaux a été restreint, notamment car le trafic lettres et même colis avait baissé de 70%. Maintenant, on rouvre un maximum, sans la moindre discussion avec les personnels ou leurs représentant·es. Plus de 800 bureaux ont ainsi rouvert en seulement une semaine et, rien que dans la métropole dijonnaise, les ouvertures ont doublé et les amplitudes horaires explosent. Le fonctionnement en alternance qui avait été instauré pour limiter les déplacements et les contacts, donc les risques de contamination et qui permettait aux personnels de souffler un peu, est de fait remis en cause. Les moyens de protection sont pourtant toujours insuffisants, comme la désinfection des locaux. Et comment faire confiance quand on a découvert que des réserves nationales de masques étaient disponibles à la Poste fin janvier, mais pas distribuées durant 2 mois ? Pas étonnant qu’un tiers des agent⋅es des bureaux soient aujourd’hui absent⋅e⋅s, les 2/3 restants étant au bord de l’épuisement. Mais la seule préoccupation de la direction, c’est qu’il n’y ait pas de gardes d’enfants « abusives » ! Nous sommes toujours sur le « plateau » de la pandémie : la santé des personnels et des usager⋅es doit être la priorité.
    • Dans les médias, c’est le postier·es bashing… comme pour l’éducation !
      La direction ne parle que des « formidables opportunités qu’offre cette crise » grâce au réseau de bureaux ouverts, et affiche des pages de publicité pour montrer une factrice distribuant des repas en voiture frigorifique. Mais les postier·es payent le prix fort des milliers de suppressions d’emplois de ces dernières années. Entre les objets stockés dans des bureaux fermés, transférés, égarés, c’est un bazar total avec des tournées pas assurées une fois sur trois, des intérimaires embauché⋅e⋅s et changé⋅e⋅s de secteur tous les jours, des retards de 15 jours qui s’accumulent... Et dans moins de 15 jours, il faudra gérer une nouvelle période de prestations sociales. Or on a des milliers de cas de personnes mises en négatif (débet) en mars, avec le risque ensuite de l’interdiction bancaire, par la Banque Postale, par un programme informatique automatique, à cause du décalage entre les versements sociaux et les prélèvements sur les comptes des usager⋅es.
      La direction entretient la confusion sur les « missions essentielles » de La Poste pendant la période, ce qui favorise la grogne des usager⋅es, qui se transforme parfois en agressions. Les articles de presse et reportages télé conspuant les postier·es se sont multipliés. Dresser les usager⋅es contre les agent⋅es de la Poste est un piège que l’angoisse de la crise rend encore plus dangereux, alors que les usager⋅es les plus en difficulté et les agent⋅es de la Poste sont de la même manière victimes des politiques menées, de la destruction des services publics notamment.
      C’est toujours par l’action collective, tous⋅tes ensemble, que nous avons obtenu de réelles conquêtes sociales. Cette crise n’est pas que sanitaire, elle souligne que les structures du système sont profondément inégalitaires et que plus que jamais nos vies valent plus que leurs profits.
      20/04/2020