NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Coursiers en lutte : pour la grève nationale du 1er septembre, le SCCUD donne le tempo à Dijon !

    Ces dernières années, l’apparition des applications de livraisons de plats cuisinés à vélo a marqué nos villes : le balai des livreurs affublés d’un sac de transport au logo d’une marque (Deliveroo en 2013, puis Uber Eats, Foodora...) est devenu quelque chose de banal dans le paysage urbain. Venus de Californie et du Royaume-Uni dans le secteur des chauffeurs avec Uber en 2009, ces entreprises proposent de mettre en lien un professionnel « auto-entrepreneur » et un client par le biais d’une application de smartphone. Un « partenariat » aux allures de relation patron/travailleurs qui permet à ces entreprises de réduire les coûts d’infrastructures (pas de bureaux ou de véhicules à fournir), de contourner la réglementation du salariat, le droit du travail... et les résistances collectives. Dans ces conditions difficiles, à Dijon, le SCCUD (Syndicat CGT des Coursiers Unis Dijonnais) a été créé cet été pour auto-organiser une défense des coursiers. Ils étaient en grève ce 1er septembre.

    Dimanche 1er septembre, 19h Place de la République. Les coursiers dijonnais du SCCUD affichent leur banderole accrochée à des vélos, outils de travail symbole des livreurs. Ils sont réunis ce soir pour une grève nationale, simultanément avec Paris, Strasbourg, Bordeaux et Mulhouse. Le but ? S’opposer aux rémunérations décidées en août par Deliveroo : les courses qui étaient plafonnées à 4€70 sont passées en moyenne à moins de 3€, entraînant une perte de revenus de 20 à 30%. Une somme énorme pour des coursiers déjà extrêmement précaires et de plus en plus soumis à la concurrence. A cela, on peut ajouter une absence de protection sociale, la non reconnaissance des accidents du travail pourtant fréquents à vélo (plusieurs livreurs sont décédés dans le monde depuis le lancement de ces applications) et l’impossibilité de négocier avec les entreprises qui décident quand bon leur semble de changer les règles.

    C’est pour cela que les livreurs dijonnais ont décidé de s’organiser en fondant un syndicat dans la continuité de premières grandes grèves au printemps et cet été. Motivés pour rester organisés, ils contactent la CGT locale pour fonder un syndicat sur le modèle du CLAP parisien (Collectif des livreurs autonomes parisiens). Armés de tracts, ils défilent ce soir, 1er septembre, accompagnés de soutiens dans les principaux axes et devant les restaurants où les livreurs attendent des commandes. Prendre des contacts, se faire connaître, être visibles des livreurs, des passants et de la presse, voilà l’objectif de ce soir pour ces livreurs mobilisés. C’est que la route n’est pas évidente pour l’organisation des livreurs : de nombreux cas de répressions et de menaces par les entreprises sont recensés, avec comme arme principale le blocage du compte d’application des livreurs mobilisés qui entraîne une perte totale de revenus. Aussi ce soir de fin d’été, Deliveroo a appliqué une prime spéciale 2 heures avant le début de la grève. Un moyen comme un autre de démobiliser les nouveaux venus. Mais aussi le signe que la lutte peut payer.

    Les dijonnais sont déterminés : ils savent qu’ils ont tout à gagner en luttant ensemble. Ce soir, le groupe était plus important que la dernière fois, accompagné d’autres jeunes salariés ou chômeurs tout autant exposés à la précarité du marché du travail. Il y a la volonté de ne plus subir les décisions absurdes des plateformes, d’avoir des rémunérations dignes, la reconnaissance de leurs conditions de travail difficiles et l’envie de faire corps ensemble pour réfléchir à des stratégies d’action. Et peut-être bientôt, d’organiser une réunion publique pour informer les livreurs, les clients et continuer à s’organiser ?

    En attendant, le SCCUD encourage les livreurs et leurs soutiens à venir les rejoindre lors des prochaines actions similaires en soirée, pour discuter, partager, et donner de la force à leur lutte. Ces livreurs qui s’organisent ont l’avenir devant eux, souhaitons leur bonne route, et de pédaler solidaires face aux plateformes !