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NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Au Brésil, les plus pauvres à la merci du coronavirus et d’un capitalisme sauvage.

    6 mai 2020

    Le Brésil est le pays le plus touché par l’épidémie de Covid-19 en Amérique Latine, même s’il est impossible de connaître l’état réel de la contagion et des décès dans le pays, tant le système de santé et le travail d’information sont défaillants. Des images de la fosse commune creusée à la hâte dans les cimetières de la ville de Manaus (1,7 millions d’habitant, 50 lits de soins intensifs !), épicentre des contaminations dans le pays, révèle les effets désastreux la faiblesse du système de santé public brésilien et de l’irresponsabilité de Bolsonaro, le président brésilien d’extrême droite. Son comportement vire à l’absurde : il participe à des manifestations d’opposition au confinement décrété par les gouverneurs régionaux et se moque des gestes barrières préconisés par son gouvernement. Tout comme Trump, ses sorties absurdes et son entêtement irresponsable à ne pas prendre au sérieux les risques expose les travailleurs et travailleuses dans la suite logique de sa politique qui aggrave les inégalités sociales, systématise le racisme et la relégation des plus démuni.e.s. Se tourner vers le Brésil en ces temps de crise, c’est mettre une loupe sur des mécanismes de domination, de répression et de mépris à l’œuvre de manière plus euphémisée dans les démocraties bourgeoises européennes.

    Inégalités sociales et répression : les plus pauvres toujours plus exposé.e.s
    Cette crise fragilise encore les populations les plus précaires, victimes depuis des années des politiques néolibérales du capitalisme brésilien et largement intensifiées depuis l’élection de Bolsonaro. Les peuples autochtones, déjà cibles du racisme d’Etat et des passe-droits accordés aux géants de l’agrobusiness (Agronegocio en Brésilien), se trouvent aujourd’hui plus vulnérables que jamais, menacés par la faim et la maladie.

    Dans les villes, la situation sociale et sanitaire d’une grande partie de la population du pays était déjà catastrophique et cette épidémie ne vient que souligner le manque d’infrastructure et les conditions de vie déplorable des travailleurs et travailleuses pauvres du Brésil. Plus de 13 millions de personnes s’entassent dans les Favelas, ces quartiers aux marges des grandes mégapoles, caractérisées par un urbanisme anarchique, l’absence d’eau courante et le surpeuplement de logements insalubres. Dans ces circonstances, toutes les mesures de distanciation physique sont pratiquement impossibles et la contagion très difficile à enrayer.
    Ces espaces abandonnés par les pouvoirs publics, si ce n’est par la répression policière, ne peuvent compter que sur la solidarité et l’entraide. Cependant, la crise économique, la montée du chômage et le tarissement des ressources même de l’économie informelle accroissent les tensions et menacent ces quartiers d’explosions de violence autour des points d’approvisionnements en eau par exemple et entre les tenants des divers trafics, qui dans certains quartiers maintiennent un confinement arbitraire par la violence. Les travailleur.ses précaires sont ainsi aux premières lignes de la contagion et ne bénéficient d’aucun secours, ce qui explique l’hécatombe que connaissent certaines villes. Sans directive claire sur l’arrêt des activités inutiles et sans soutien conséquent des gouvernements fédéral et régionaux à la population, cette situation ne fera qu’empirer. Mais Bolsonaro et son gouvernement continuent leur politique criminelle, agissant au service des grands capitaux et œuvrant plus que jamais à l’avènement d’une dictature.

    Une politique de la fausse nouvelle au service de l’exploitation des travailleur.ses et d’un projet néofasciste.
    Ce que l’on entend le plus dans les médias bourgeois, ce sont les déclarations intempestives et irraisonnées d’un Bolsonaro contre le confinement et les mesures d’hygiène. Dès le début de l’épidémie de coronavirus, le 15 mars dernier, la délégation qui l’accompagne à la rencontre de Trump aux USA compte plusieurs malades et participe à la contagion internationale. Lui-même continue les bains de foules et les serrages de mains. Alors que les cas se multiplient, il s’exprime ainsi « vue ma condition athlétique, [ce virus] ne me concerne pas. Je ne sentirai qu’une petite grippe ». Critiqué par son ministre de la santé, il le limoge – à l’instar de Trump avec le sien. Lors de la nomination du nouveau ministre, il déclare : « La vie n’a pas de prix. Mais l’économie et l’emploi doivent revenir à la normale ». Par son déni du danger, il appplique une politique en faveur des possédants qui le soutiennent, renforçant l’exploitation des travailleur.ses les premier.e.s exposé.e.s.
    Par ses discours populistes et les disqualifications régulières des autorités à différentes échelles et des personnalités qui le gênent dans son propre gouvernement, Bolsonaro avance les pions de son projet dictatorial et néofasciste, en s’appuyant notamment sur les milieux « évangélistes », ultra réactionnaires. Le 24 avril dernier, son ministre de la justice, Sergio Moro, a démissionné – le même qui a joué un rôle clé dans l’emprisonnement politique de Lula et la destitution de Dilma Roussef, les ancien.ne.s président.e.s brésilien.ne.s du Parti des Travailleurs –. Il a révélé ses désaccords avec les initiatives de Bolsonaro de reprendre la main sur la direction de la Police Fédérale, alors que plusieurs enquêtes incriminent son entourage. Les membres de la famille Bolsonaro sont ainsi soupçonnés d’être responsables d’assassinats politiques ou encore d’organiser les « fausses nouvelles » sur internet. Cette démission a entraîné une procédure en accusation contre le président, qui ne cache pas ses affinités avec la dictature militaire qui a sévi durant plus de 20 ans à partir du coup d’état de 1964. Le journal Esquerda Online dans son Éditorial du 24 avril dernier rappelle les risques d’un coup d’État et appelle à la destitution de Bolsonaro.
    Ainsi, au Brésil, lorsque les casseroles résonnent aux fenêtres, ce n’est pas seulement un signe de solidarité aux « premiers de corvée », mais un geste de protestation contre le président : « Dehors Bolsonaro ! Sauvons les gens, pas les profits ! ».

    A propos de la crise actuelle du gouvernement au Brésil :
    Sérgio Moro démissionne et expose les crimes de Bolsonaro