Bourgogne Franche-Comté
  • REPRENDREZ-VOUS UNE TRANCHE DE SOCIAL-LIBERALISME

    4 mai 2023

    REPRENDREZ-VOUS UNE TRANCHE DE SOCIAL-LIBERALISME ?

    Malgré la péripétie de la législative partielle en Ariège(1), la Nupes reste un passage obligé pour la gauche réformiste si elle veut survivre. Frappée qu’elle est par le discrédit dû à ses pratiques social-libérales des dernières décennies et d’autre part par les attaques d’un capitalisme déchaîné incarné par Macron qui veut en finir avec les institutions sociales du travail.
    Dans cette situation, les sociaux-libéraux sont poussés à en revenir à la route usée de la social-démocratie, c’est-à-dire une approche un peu plus dirigiste envers les entreprises et un peu plus redistributrice sur le plan social. Avec, éventuellement, quelques secteurs repris par le Public. Cette route est celle tracée par LFI qui a réussi à gagner à elle l’an passé le PCF, EELV et même le PS, tous se regroupant dans la Nupes.
    Mais, cette alliance a eu pour effet de cliver les derniers partis cités, selon des proportions différentes, entre ceux qui acceptent sincèrement ce nouveau cours, ceux qui le refusent et enfin ceux qui restent dans la Nupes par opportunisme, n’attendant que le moment propice pour s’en affranchir. Pourtant, qu’ont donc à proposer tous ces sociaux-libéraux affichés ou masqués des deux dernières catégories(2) ? Examinons cela à travers la plus représentative de cette ligne libérale maintenue : Carole Delga, la présidente PS du Conseil Régional d’Occitanie, ancienne députée et secrétaire d’Etat en 2014/2015 sous Hollande.
    Notons tout d’abord un étonnant paradoxe entre, d’une part, la femme politique présentée comme ayant le sens du concret, quelqu’un de simple, proche des gens, qui a gardé son accent du terroir, élue de son village, issue de milieu modeste etc. Et, d’autre part, cette personnalisation marquée, trop parfaite pour être honnête. C’est là le résultat d’un marketing étudié, délivré par des communicants dont un certain Laurent Blondiau(3) qui avait eu avant comme client le maire de Montpellier, le caricatural Georges Frêche. Bref, l’apparent naturel est doublé ici d’un fort sens de la comédie. Un coin du voile se lève parfois sur cette Occitanie en carton pâte, comme lors de ce mois de septembre 2021 où la soi-disant femme authentique Carole Delga s’envola cinq jours pour le Japon dans le but de signer des accords avec la fédération de rugby... française ! Le tout à trois élus, en classe affaire pour un coût avion de 13000 Euros et de plus de 20000 sans doute avec l’hébergement(4).
    Oublié le souci de proximité avec les péquenots de sa région de la part d’une élue soudain si distante – d’environ 10000 km ! Et oubliée l’écologie, domaine où n’excelle guère C.Delga malgré son intérêt affiché pour la chose. Ainsi est-elle pour le développement de l’hydrogène, comme beaucoup de partisans de la croissance continuée. C’est ainsi qu’elle a distribué 6 millions d’Euros de financement régional pour la contestée autoroute A69 Toulouse-Castres. Et ce n’est pas son annonce « coup de pub » d’octobre 2022 de billets de train à un euro sur l’ensemble du réseau régional pour un seul week-end qui la verdira pour autant. Annonces accompagnées souvent de sigles ou de slogans abscons tels « liO » ou « O=+ » ... fleurant bon les pubeus qui l’entourent. Enfin, pour clore sur l’écologie, signalons que C.Delga, tel un Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes, accorde de larges subventions pour les associations de chasseurs avec lesquelles elle milite contre la fermeture de la chasse les week-end et jours fériés et pour la promotion des chasses traditionnelles. Elle est favorable également à la corrida...
    Au chapitre du féminisme, celui de C.Delga reste modéré en ce sens qu’elle se bat certes pour l’égalité et l’insertion des femmes dans la société mais sans remettre en cause ses fondements. L’exemple emblématique en étant, pour rester dans le domaine de la chasse, sa volonté de promouvoir les femmes chasseurs. Elle s’est signalée aussi par son hostilité aux réunions non-mixtes telles que pratiquées à l’UNEF et, depuis longtemps déjà, dans d’autres collectifs de gauche, réunions en général non-décisionnelles où les femmes peuvent parler plus librement.
    En ce qui concerne le bilan du PS des dernières décennies, très peu de choses, tout juste se contente-t-elle d’un simple : « les socialistes n’étaient pas prêts pour la présidentielle » après la défaite à 1,7% de Anne Hidalgo. Pourtant cet échec mériterait plus ample développement, d’autant qu’il survient après celui de son soutien perdant à Emmanuel Valls, puis à celui à Benoît Hamon (6,35% à la présidentielle de 2017) et encore dernièrement à celui à Mayer-Rossignol face à Faure au sein du PS. Pourtant, pas question de remettre en cause sa conception réformiste libérale commune aux Hollande, Le Foll et autres Cazeneuve lorsqu’elle déclare : « Si on veut une répartition de la richesse plus juste, il faut une création de richesses...(et donc)...la capacité de travailler avec les entreprises ». En résumé, il faut que les entrepreneurs, nos nouveaux dieux créateurs d’entreprises, reçoivent toujours plus d’offrandes pour espérer d’éventuelles retombées par la suite pour le bon peuple. Air connu qui sonne désormais comme un abandon argumenté des classes populaires en faveur des énigmatiques forces du marché.
    Cette allégeance assumée au capital est à mettre en parallèle avec une haine féroce contre l’alternative social-démocrate proposée par LFI et la Nupes. Ainsi accuse-t-elle à l’occasion JL Mélenchon de tenir des propos « délirants » et de perdre « complétement ses nerfs ». Et « (…) qu’il sort du cadre républicain. Il s’enfonce dans une violence verbale et dangereuse ». Bref, on dirait du Blanquer voire du Le Pen. Peut-être C.Delga perd-elle aussi ses nerfs par dépit de s’être fait voler une bonne part de son électorat au profit de la LFI, l’entraînant, elle et sa ligne politique, dans une impasse. Alors, et vous, reprendrez-vous une tranche de ce social-libéralisme ?
    Alain Lorenzati Mai 2023

    (1)Législative gagnée début avril par la candidate PS dissidente anti-Nupes face à la candidate Nupes/LFI grâce à l’apport des voix de toute la droite au deuxième tour.
    (2)Le PCF est un cas un peu à part, en ce sens que ses programmes ne sont pas sociaux-libéraux mais social-démocrates. Cependant, radical en manifestation la semaine, il fait allégeance au libéralisme les dimanches électoraux en s’alliant avec le PS... Son but, illustré par F.Roussel, étant de garder son identité, c’est-à-dire son appareil avec quelques élus autour.
    (3)Laurent Blondiau dont un article de presse relate ainsi le cursus picaresque, entre promotion de politiciens et ventes de foies gras : « Désormais à la tête de la direction « Attractivité et rayonnement régional » de la Région Occitanie. Il a été directeur de cabinet de la présidente de Région Carole Delga entre 2016 et 2021. Ancien journaliste à l’Humanité, devenu en 2004 directeur de la communication de Georges Frêche jusqu’en 2012, il devra notamment défendre la marque « Sud de France » lancée en 2006 par l’élu. La marque « Ombrelle » sera d’ailleurs à l’honneur lors de la journée des « Ambassadeurs Sud de France », organisée par la Région au Stade toulousain pour promouvoir les produits agroalimentaires régionaux. »
    (4)Comme l’avait écrit le Hérault Tribune de l’époque : « Pour une signature avec la Fédération Française de Rugby, peut être qu’un bon cassoulet à Castelnaudary aurait certainement suffi mais il est vrai que cette terre attachante en Pays Cathare n’accueille pas actuellement la Coupe du monde de rugby ! Contacté, le Conseil régional n’a pas souhaité faire de commentaires. »