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NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Pass sanitaire : point de vue

    14 octobre 2021

    Sur certains sujets, les avis sont multiples au sein du NPA. C’est le cas sur la question du pass sanitaire. Ci-dessous, deux points de vue, en partie divergents.

    MOUVEMENT CONTRE LE PASSE SANITAIRE : L’ANCIEN ET LE NOUVEAU

    Pour discréditer le mouvement anti-passe sanitaire de cet été, d’aucuns reprochent à une partie des manifestants leur mobilisation seulement parce que leur santé et leur liberté personnelle sont atteintes. Ceci a contrario d’autres mobilisations qui seraient donc censées plus nobles car la jouant plus collectif ? Or, dans beaucoup de ces autres mouvements, les gens s’engagent aussi parce qu’ils sont eux-mêmes directement touchés. Ainsi des grèves et manifestations contre les réformes amenuisant leurs retraites ou dégradant leurs conditions de travail. Il n’y a donc pas d’un côté des égoïstes et de l’autre des altruistes qui lutteraient pour la collectivité, mais des appréciations différentes de son intérêt personnel, souvent liées à des situations sociales différentes.

    Certes, il existe aussi une série de luttes où l’intérêt immédiat des personnes n’est pas en jeu, par exemple : la défense des droits des femmes en Afghanistan ou ailleurs dans le monde. Cela suppose chez les manifestants de ce genre de causes une conscience politique peut-être « plus élevée », mais pourquoi les opposer à ceux qui partiraient « de plus bas ». Car ces derniers, du coup, peuvent évoluer vers une prise de conscience plus large, par le biais formateur de la lutte qu’ils entament, parfois pour la première fois. Il faut bien un début et aucun militant ne naît armé de pied en cap.

    Et puis, sur le fond, depuis quand la demande de liberté, si ambiguë soit-elle, serait l’apanage de la seule droite, la vraie gauche ne s’occupant que d’égalité ? Au XIXème siècle, les progressistes d’alors ont animé les luttes en faveur des émancipations nationales contre les logiques impériales. Et Jaurès a défendu la liberté bafouée du militaire Dreyfus malgré l’opposition de ceux qui, soi-disant sur sa gauche, ne voulaient s’en tenir qu’à la défense stricte des intérêts des prolétaires et ne pas se mêler d’une « affaire entre bourgeois » ? Aujourd’hui, cette demande de liberté n’est plus celle d’avoir une nation indépendante dans laquelle les droits essentiels sont respectés mais celle d’avoir le droit de se déplacer sans contrôles permanents supplémentaires et d’accepter ou non l’injection de produits dans son corps. Ces demandes sont légitimes malgré le contexte ambivalent dans lequel elles évoluent, avec un activisme de personnes influencées par des thèses complotistes voire fascistes.

    Elles sont légitimes aussi parce que émanant certes d’un individualisme consumériste cultivé par le capitalisme mais peut-être en train de se retourner contre lui, en le mettant face à ses contradictions. En effet, pour vendre ses marchandises, ce dernier a promu chez les consommateurs le principe de plaisir, de prêter attention à son corps etc. Cette vigilance sourcilleuse et quelque peu narcissique envers sa personne s’applique du coup aujourd’hui à l’encontre d’un produit élaboré dans la précipitation et vendu dans des conditions opaques.

    Donc, surtout après les scandales comme ceux du Médiator, de la Dépakine ou du sang contaminé, ne serions-nous pas face au classique travail de sape qui transforme des masses manipulées en agents de plus en plus conscients ? Le consumérisme capitaliste est devenu un agent contradictoire d’émancipation des citoyens qu’il a berné un temps. Ce qui fait que même les vaccins traditionnels seraient sans doute aussi contestés s’ils arrivaient à présent sur le marché. Ce qui fait que l’usage de la pilule contraceptive a baissé de 12% ces 10 dernières années au profit du stérilet, jugé moins impactant au niveau santé. Autre exemple du même phénomène mais dans un autre domaine : si Tchernobyl avait lieu aujourd’hui, le gouvernement ne pourrait pas faire croire longtemps que le nuage radioactif s’est arrêté aux frontières, les citoyens mieux informés redoutant plus les conséquences pour leur bien-être individuel.

    Donc, je crois qu’il faut faire avec ce nouveau public certes plus difficile à appréhender par le militantisme habituel – mais qui sera sans doute de plus en plus présent. Et puis, que dire de « l’ancien public », celui que l’on va retrouver à la tardive journée de mobilisation du 5 octobre ? Avec sa mécanique prévisible dans la main des états-majors syndicaux, est-il tant prometteur qu’il ne faille que compter sur lui ?
    AL - septembre 2021

    OUI A LA VACCINATION, NON AU PASS SANITAIRE ET A L’EXTREME-DROITE

    Depuis deux mois, des milliers de personnes défilent chaque samedi dans les rues de Toulouse. Constitué autour du rejet légitime du Pass sanitaire, ce mouvement refuse de se prononcer pour une vaccination massive, seule à même de réduire, voire de stopper les vagues épidémiques. Ce faisant, il ouvre un boulevard aux courants les plus réactionnaires et obscurantistes et donc à l’extrême-droite. Dans la majeure partie du pays, ce sont ces courants qui, prenant le prétexte de la défense de « la liberté » imposent les contours actuels de la mobilisation. Depuis des semaines, ils se constituent une base militante dans la rue.

    A Toulouse, les Identitaires n’ont pour l’instant pas pris le dessus et, comme lors de la mobilisation des Gilets Jaunes, ont violemment attaqué des manifestants et des militants antifascistes présents à la manifestation ce samedi 11 septembre. Nous exprimons aux victimes de cette attaque notre pleine solidarité face à cette agression fasciste.

    Pour notre part, nous avons manifesté contre le second confinement au mois d’octobre 2020 en exigeant des moyens pour la santé et les hôpitaux et une organisation différente de la société pour ralentir la circulation du virus, privilégiant le maintien des activités sociales émancipatrices plutôt que les profits capitalistes.

    Nous avons lutté l’hiver dernier contre la Loi de Sécurité Globale (LSG) et contre la loi séparatisme qui constituent un nouveau pas dans la restriction des libertés et le renforcement de l’Etat autoritaire. L’impunité policière, la répression patronale, la chasse aux migrants, les politiques anti-jeunes précèdent le Pass sanitaire et ont des conséquences très concrètes sur nos vies.

    Force est de constater que les manifestations actuelles sont d’une nature différente des mobilisations précédentes. Confus, complotistes, libertariens se côtoient et forment un terreau fertile pour la bête immonde. Des militants issus des Gilets Jaunes ou du mouvement ouvrier essayent de disputer la direction de cette mobilisation. Nous pensons malheureusement que le compromis qui met de côté la question de la vaccination ne peut que servir nos adversaires d’extrême-droite.

    Nous, militants anticapitalistes, sommes opposés au Pass sanitaire. Dans le même temps, nous défendons la vaccination universelle, par-delà les frontières que le virus, lui, ne connait pas.

    Nous sommes opposés au Pass sanitaire car c’est plus une mesure de contrôle social que sanitaire. Le Pass est incapable de construire l’adhésion à la vaccination anti-covid, nécessaire pour aller vers ceux qui doutent, sont éloignés des centres de vaccination. L’autoritarisme de Macron renforce une minorité significative de la population qui ne veut pas se faire vacciner et qui se braque. A l’inverse, il faudrait une campagne large d’explication et d’éducation populaire, dans tous les quartiers, toutes les villes et campagnes, pour convaincre de l’utilité collective de toutes et tous nous faire vacciner pour éradiquer cette pandémie. Pour cela, il faut lever les brevets, réquisitionner les chaînes de production et assurer, sous le contrôle de la population, la distribution du vaccin au plus près de la population, accompagnant une politique à long terme de santé publique de proximité, de prévention et de soin, et qui résorbe les déserts médicaux.

    Défendre la vaccination en luttant contre le Pass, c’est défendre la protection des plus fragiles face au virus de classe, qui touche d’abord les classes populaires. 17% des travailleurs manuels ne veulent pas du vaccin, contre seulement 8% des cadres sup. Réaction populaire contre les mensonges du capital, les scandales des trusts pharmaceutiques, la défiance vaccinale tue.

    Le mouvement ouvrier, le mouvement social est maintenant au pied du mur. Faire le dos rond ne suffira pas. Dans l’unité, nous devons repasser à l’offensive, offrir des perspectives pour les luttes. Pour cela, il faut accoler à nos indispensables revendications sociales des mots d’ordre contre la montée de l’autoritarisme, du contrôle généralisé, du racisme et de l’extrême-droite.

    C’est en liant les revendications sociales, sanitaires et les revendications démocratiques que nous pourrons regagner la rue et expurger nos luttes des courants réactionnaires qui n’ont rien à y faire. La journée de grève du 5 octobre sera une étape importante si, aux côtés des revendications sociales, elle intègre le combat contre le contrôle généralisé, l’Etat policier et le Pass sanitaire. Dans les jours qui viennent, nous prendrons tous les contacts unitaires qui seraient disposés à aller dans ce sens.
    Septembre 2021