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NPA Bourgogne Franche-Comté
  • NOTE DE LECTURE :...

    24 novembre 2021

    « L’EFFET DARWIN »
    de Patrick Tort aux Editions Points (8,30 Euros paru en 2017)

    S’il est regrettable que des oeuvres comme celles d’un Rimbaud en poésie, d’un Van Gogh en peinture ou d’un Nietzsche en philosophie n’ont été reconnues qu’après la mort de leurs auteurs, il peut leur arriver un destin bien plus funeste : celui de voir leur contenu dénaturé en dépit de leur reconnaissance immédiate et de leur notoriété durable.
    Avec Jaurès, dont nous avons déjà parlé ici, Darwin fait incontestablement partie de ces auteurs dont le grand public pense connaître la teneur essentielle de leur propos alors qu’elle est tout autre.
    Dans ce livre, Patrick Tort expose de manière claire quelle était la véritable théorie de l’évolution de Darwin et comment elle a été dévoyée. Pour la résumer, le plus pertinent sans doute est d’adopter une approche chronologique.
    En 1859, Darwin publie « De l’origine des espèces » qui expose deux choses. Premièrement, une théorie générale de l’évolution des espèces : variabilité des organismes engendrant une sélection naturelle des variations favorables à la survie des plus aptes. Deuxièmement, cette théorie appliquée seulement au monde animal, un autre ouvrage devant suivre pour la décliner quant au genre humain.
    Le problème c’est que Darwin, pour diverses raisons, mit plus de 11 ans à le rédiger. Et que l’époque, en Angleterre particulièrement, connaissait un libéralisme virulent avec exploitation éhontée de la force de travail et colonisation à tout crin. De nombreux épigones s’emparèrent alors de la théorie de Darwin concernant le monde animal pour l’appliquer sans attendre au genre humain – ce que l’on a appelé par la suite le darwinisme social. C’est-à-dire ne pas aider les plus faibles qui méritent leur sort, laisser faire les forces du marché représentant la partie vigoureuse de l’humanité qui mérite de survivre...
    Aussi quand, en 1871, Darwin publie enfin son second opus « La filiation de l’Homme », le mal est fait. Ce livre passera presque inaperçu par rapport à « L’origine des espèces » dont l’évolutionnisme s’opposait avec fracas aux théories admises qui étaient déterministes. Pourtant, ce que « La filiation de l’Homme » énonce va aussi totalement à l’encontre du darwinisme social. Car chez les humains, la sélection naturelle a favorisé les plus doués d’empathie et les plus aptes à l’entraide. Et c’est ainsi que l’Homme, demeurant chétif et faible individuellement, a vu pourtant son espèce croître et prospérer. Patrick Tort ajoute à cela que Darwin avait l’esclavage en horreur et fut toujours dans la compassion non seulement pour les indigents mais à l’égard de tous les êtres vivants. Il voyait là la véritable marque et le sens de la civilisation.
    Comme quoi, aussi bien pour Darwin que pour Jaurès et d’autres encore, ce sont à chaque fois les libéraux, pugnaces défenseurs du capitalisme, qui sont à la manoeuvre pour pervertir leur message initial : la nécessité de la propriété collective pour Jaurès, la plus grande efficience de la coopération sur la concurrence pour Darwin. A nous de le faire savoir.