NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Tribune Libre - Gilets Jaunes : « C’est celui qui dit qui y est ! »

    À l’encontre des Gilets Jaunes (GJ), on a assisté à un méchant tir de barrage de la part des tenants de l’ordre établi en démocratie délégataire sous régime capitaliste. Ils les ont dépeints comme des consuméristes passifs, pollueurs, racistes, casseurs et même fascistes… Le porte-parole du gouvernement, B. Griveaux, se sera plus particulièrement illustré en traitant les GJ de types qui clopent et roulent au diesel, signifiant bien le mépris de sa caste pour cette partie du prolétariat… Tout à fait comme les bourgeois du XIXe siècle parlaient de « la canaille » ou ceux du début du XXe des « salopards à casquettes » pour les ouvriers.

    Le plus étonnant peut-être est qu’ils ont peint en brun le soi-disant réactionnaire mouvement des GJ bien qu’aucune question identitaire ne figurait dans son catalogue de revendications. En revanche, c’est le gentil antiraciste Macron qui a cherché à les introduire via les thématiques qu’il avait choisies pour le grand débat.

    Ils les ont peints aussi en parasites sociaux et consommateurs effrénés. Ainsi un reportage dans Le Monde nous présentait un couple de GJ de quatre enfants avec le père qui travaille (1600/1800 euros mensuels) et la mère au foyer. Ils touchent des allocations, ont deux voitures, vont au Macdo, achètent des vêtements de marque, des téléphones… Et se plaignent que l’État ne les aide pas assez. Il y a là la volonté de présenter ce couple comme représentatif du GJ moyen. Ce cliché est vendu par des bien-pensants qui oublient que c’est l’essence même de notre société capitaliste que de faire produire et faire acheter des biens à la noix – pour réaliser le maximum de plus-value. Faire produire les gens jour et nuit, le plus tôt et le plus tard possible dans leur vie et que tous les écrans incitent, avec la publicité envahissante financée par millions, à l’acte d’achat… Il faudrait un Surmoi incroyable pour résister. Et d’ailleurs, très peu résistent – sans compter que, pour un certain nombre de biens, on est contraint d’en passer par là. En terre capitaliste, il faut qu’il y ait non seulement quelques consommateurs compulsifs mais toute la population qui vive « au-dessus de ses moyens », ne serait-ce que par rapport aux capacités de la planète, pour que quelques-uns s’enrichissent. Donc même si les GJ étaient bien les beaufs décrits par les pseudo-écologistes, alors ils auraient toutes les circonstances atténuantes face à la machine de guerre fabriquée par des cyniques qui les poussent au crime, pardon, au consumérisme.

    D’ailleurs, même les journalistes du Monde et avec eux le cœur de l’électorat macroniste, tous ces cadres moyens/supérieurs, qui ont une maison individuelle et prennent sans doute l’avion assez souvent, polluent bien autant qu’un petit retraité qui ne part jamais ou un chômeur en HLM. Et envers qui ils ne devraient donc pas jouer les esprits supérieurs. Mais, bien sûr, les cadres macronistes se donnent bonne image et bonne conscience, comme lorsqu’ils prennent l’avion : certes, c’est pour aller au bout du monde mais, attention ! sur place ils se déplacent à dos de lama ou de chameau : le séduisant tourisme vert en plein boum qui contribue aussi à étouffer la planète. Les apparences sont trompeuses : entre le fumeur de Gitanes en 4x4 et le bourgeois écolo à vélo, à la fin de l’année, le plus pollueur n’est pas toujours celui qu’on croit. La caricature de cette tartuferie restera Nicolas Hulot qui, dans le cadre de son émission Ushuaïa, s’est déplacé des années sur tout le globe avec toute une intendance (fournie par le pollueur Rhône-Poulenc) à grands coups d’hélicoptère, qui possède une flopée de véhicules* mais qui fut nommé premier écologiste de France…

    *Deux BMW dont une moto, deux Citroën dont une 2CV, une Volkswagen, une Land Rover, un utilitaire Peugeot, un scooter électrique (la touche écolo). Et un bateau.