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NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Première victoire pour nos camarades De Castmétal, licenciés en mai 2015 à la suite de la création d’un syndicat CGT !

    8 février 2016

    Le tribunal d’appel de Besançon vient de demander la réintégration des 4 ouvriers licenciés, le 5ème mandaté par la CGT avait vu son licenciement refusé par l’inspection du travail.

    Il n’est pas inutile de rappeler les faits dignes d’un roman de Zola…
    Castmétal fonderie) est une filiale de la multinationale Safe Métal, elle emploie environ 200 travailleurs à Colombier Fontaine (25) dont une cinquantaine en intérim.
    Les conditions de travail pour les ouvriers de production sont dignes du moyen âge. « On travaille dans la chaleur, la poussière et le bruit, avec des machines vétustes, sans parler des salaires ridicules bien que nous travaillons de tournée », dit Fouat … Et, pourtant pendant des années, malgré de nombreux accidents du travail, rien ne vient perturber la bonne marche de l’entreprise.
    Il faut dire que le patron très paternaliste a su imposer son emprise sur les salariés, d’abord en employant, en production, que des travailleurs immigrés, turcs en majorité et maghrébins. Ensuite en ne faisant rien pour favoriser leur intégration, ne serait-ce que par la langue ; la plupart des travailleurs turcs ne parlent pas français au bout de 12, 15, 17 ans d’ancienneté. « C’est pour ça qu’on les a embauchés, disent les épouses de ces ouvriers. Ils sont dociles. Mais avec le temps, ils commencent à comprendre et à dire ce qui ne va pas à l’usine. C’est ça qui ne plaît pas au patron ».
    A notre question, pourquoi ces camarades qui, en Turquie, avaient une qualification certaine ont-ils si peu de maîtrise du français, les épouses rétorquent : « En rentrant à la maison, ils sont tellement épuisés qu’il leur est impossible de faire un effort intellectuel supplémentaire ».
    M. Padraude, le patron a joué aussi sur la division entre administratifs et ouvriers. Les cadres de la La CFDT, seul syndicat représenté sont tous des employés des bureaux et ils vivent en parfaite harmonie avec la direction…

    Les choses changent quand il y a 2 ans, toute une partie de la hiérarchie est renouvelée, chef d’atelier, chef du personnel etc…Harcèlements, injustices se multiplient… Les conditions de travail se dégradent de plus en plus : « Il faut assumer deux postes au lieu d’un… le chef est toujours derrière nous, d’où un stress continuel, une multiplication des accidents du travail… », se plaignent les fondeurs.
    La CFDT fait la sourde oreille aux plaintes de ses syndiqués ouvriers. « Il n’y a pas de vie syndicale, on n’est là que pour payer nos timbres ».

    Une quarantaine d’ouvriers décident alors de quitter la CFDT pour créer la CGT, les statuts sont déposés en décembre 2014…

    La direction ne le voit pas de cet œil là, elle voit rouge : le syndicat CGT est une menace insupportable pour elle. Elle fomente alors un plan machiavélique : elle achète carrément les deux travailleurs les plus en vue, ceux-là même qui sont en contact avec l’UL CGT. Il importe qu’avant les élections professionnelles de juin 2015, la CGT soit déconsidérée.

    En avril, l’un des deux « chouchous » de la direction s ‘engage dans une provocation vis à vis de ses camarades nouvellement engagés CGT. Contre le souhait de toute la hiérarchie, l’altercation demeure verbale, pas de coups.
    Ca suffit pourtant pour que la direction monte en épingle cette affaire et décide d’engager une procédure de licenciement contre 5 ouvriers, un mois avant les élections professionnelles...

    Or deux n’étaient pas présents lors des faits, l’un absent de l’usine car en accident du travail. Qu’à cela ne tienne, ce sont la tête de ces 5 meneurs que veut la direction.
    Etonnant, non ! Car jusqu’à présent, ces ouvriers étaient considérés comme modèles ; aucun avertissement, aucun congé maladie, aucune absence.

    Ce à quoi ne s’attendait pas M. Pradaude, c’est que le jour de l’entretien préalable au licenciement, à savoir le 20 avril 2015, la quarantaine de syndiqués CGT se met en grève en solidarité avec leurs 5 camarades !

    Conflit qui s’engage pour 5 semaines, une des plus longues grèves de ces dernières années sur la région de Montbéliard.
    Notre camarade et candidat à la présidentielle Philippe Poutou s’était d’ailleurs déplacé pour échanger avec les salariés et leur exprimer toute notre solidarité.
    C’est les vacances scolaires dans l’académie de Besançon, et femmes et les enfants des grévistes vont être très présents devant les portes de l’usine située à l’écart de l’agglomération, ce qui est une richesse. Les épouses des 5 licenciés vont jouer un rôle déterminant dans ce conflit, d’abord parce qu’elles parlent bien français et parce que révoltées par l’injustice subie par leurs maris, elles vont être d’un grand secours pour le moral.
    La production est perturbée mais ça ne fait fléchir le patron.

    Au bout de 5 semaines, les grévistes sont obligés financièrement de reprendre le travail, le cœur lourd, les 5 camarades sont laissés sur la touche. Heureusement l’inspecteur du travail refuse le licenciement de l’un d’eux.

    Les élections professionnelles ont lieu en juin, la CGT fait 35,41 %. De quoi faire pâlir M. Pradaude !!!

    Avec l’aide de l’UL CGT de Montbéliard, les 4 licenciés engagent une procédure aux prud’hommes en référé.

    En novembre 2015, ils sont déboutés, le président se pliant aux arguments fallacieux de l’avocat de Castmétal : à savoir qu’il ne s’agit pas de répression syndicale mais de fautes graves, puisqu’il n’y a pas de preuve qu ‘ils appartenaient à la CGT.

    Avec leur avocat, Maître Benachour, nos 4 camarades décident de faire appel et la cour d’appel de Besançon leur donne raison en février 2016, le patron a 15 jours pour les réintégrer !
    On nous dit que le patron ira en cassation. Mais ils doivent reprendre le travail lundi 22 : ils appréhendent un peu, mais ils vont rentrer la tête haute et gageons que leur lutte redonnera courage aux salariés pour se battre contre toute injustice.

    En attendant nous savourons avec eux cette victoire et nous la fêterons tous ensemble le 12 mars à la salle des fêtes de Montenois !