NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Notre-Dame-des-Landes, Bure. Répression

    L’annonce de l’abandon du projet d’aéroport à NDDL en janvier dernier, a été vécu, à juste titre, comme une victoire par les militants qui se sont battus, pour certains, plusieurs dizaines d’années.
    Lutte exemplaire qui a démontré l’utilité de lier les questions sociales aux questions environnementales.
    La répression qui s’est abattue sur les zadistes qui ont construit et expérimenté sur la zone de bocage a pourtant largement gâché la fête !
    En effet, le 9 avril les habitants de la zone se sont retrouvés face à la plus grande opération militaire de maintien de l’ordre en métropole depuis cinquante ans.
    Plus de deux cents personnes blessées par les forces de l’ordre, à peu près soixante personnes arrêtées, et environ un tiers de la ZAD rasée.
    Les fissures dans l’unité des opposants quant à la poursuite du mouvement et la répression ont permis à l’État de reprendre la main et signifier qu’il n’était pas question d’autoriser la propriété collective des terres, ou des expériences d’organisations sociales alternatives.
    Les divergences au sein du mouvement ont principalement porté sur l’attitude par rapport aux institutions pour l’attribution des terres. Certains sont prêts à accepter la légalisation pour rester à long terme, d’autres acceptent de faire certains compromis qui pourraient être compatibles avec le collectif, tandis que les derniers tiennent avant tout à ne pas plier devant le système qu’ils combattent.
    Même si c’est difficile pour les occupants de la ZAD de se remettre de la destruction de leurs lieux de vie et de production et des divisions intervenues au moment des expulsions, le mouvement n’est pas fini.

    Un « bureau d’autodéfense administrative » a été ouvert à la ZAD.
    Les opposants favorables à la bataille administrative (mais pas que…) déclarent :
    « … On fait des démarches collectivement, on décortique les lois locatives… Bien qu’il n’y aura pas d’aéroport dans ce bocage, nous devons continuer à nous battre contre le monde qui le voulait : contre les contrôles imposés par les cadres agricoles classiques et l’agrandissement des exploitations, contre un aménagement du territoire en métropoles, contre la destruction du vivant, contre les inégalités criantes de ce monde, etc., et qu’ainsi, notre avenir commun dans ce bocage prenne une nouvelle ampleur… »
    Une semaine d’échanges, de transmissions, de rencontre des luttes aura lieu du 7 au 15 juillet prochain sur la ZAD.
    La création de la ZAD de NDDL et le constat de la force que peut avoir ce type de lutte fait des petits… À Bure par exemple, depuis quelques années, des militants s’installent et s’organisent.
    L’opposition au projet Cigéo (centre d’enfouissement des déchets nucléaires) a pris de l’ampleur.
    Ce projet expérimental vise à regrouper tous les déchets nucléaires au même endroit, en les confinant dans des tunnels qui « devraient » rester étanches. Sachant que ces déchets seront actifs, pour certains, plusieurs milliers d’années, il n’y a plus qu’à espérer qu’il n’y aura pas de tremblement de terre, d’infiltrations d’eau massive ou autre problème climatique ou technique…
    L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a émis des avis obligeant à revoir la conception du projet et l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (ANDRA) doute en interne de sa sécurité.
    Bien sûr, même si on décidait demain la sortie du nucléaire (ce que nous revendiquons), le problème des déchets sera toujours là. On ne peut que condamner l’irresponsabilité des gouvernants et des promoteurs de cette énergie, qui ont toujours oublié de prendre ce problème en compte et ont imposé ce modèle énergétique aux populations sans leur demander leur avis, ni les informer de ce qu’impliquait cette décision. Après nous, le déluge !
    Le problème des déchets est réel, mais si on peut être sur d’un truc, c’est que concentrer les déchets sur un seul lieu est vraiment la pire des idées !
    Mais là encore, l’État fait le forcing.
    Pas question de tolérer la contestation au projet !
    Et là encore ça tape fort : répression violente lors des manifestations, le 20 juin, onze lieux militants, lieux de vie et lieux de travail ont été perquisitionnés, des portes ont été défoncées sans sommation, des militants jetés à terre et menottés, du matériel et des documents personnels et militants ont été embarqués. Neuf personnes ont été arrêtées. Des rassemblements en soutien à la lutte et en solidarité avec les militants réprimés ont eu lieu le 27 juin partout en France, dont plusieurs en Franche-Comté.
    À NDDL, à Bure, à la SNCF, à l’hôpital, dans les facs… c’est partout la même logique qui est à l’œuvre. Le profit de quelques-uns au détriment de la majorité de la population.
    L’État criminalise celles et ceux qui s’organisent, les attaques pleuvent de toutes parts contre nos droits sociaux, nos revendications environnementales, et cette stratégie de taper partout – et très fort ! – en même temps, réussit plutôt bien pour l’instant, hélas.
    La très forte répression qui frappe les militants montre aussi la crainte de nos gouvernants de voir s’amplifier les oppositions. Ils savent qu’ils ne pourront rien face à un soulèvement populaire massif. Les résistances existent, mais elles sont insuffisantes actuellement, et trop dispersées pour empêcher le pouvoir d’imposer sa politique.
    Mais la capacité à inverser la vapeur est là. Ce qui s’est passé à NDDL nous le montre.

    R. C.