NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Culture et économie

    À défaut de changer les règles de l’économie capitaliste, les tenants de cette dernière préfèrent que ce soient les mentalités qui s’y adaptent de gré et même de force, comme l’a montré le contournement, par le Parlement, du vote populaire de 2005 contre le Traité constitutionnel européen. Il fallait à tout prix que, notamment, le sacro-saint principe de « la concurrence libre et non faussée » soit gravé dans le marbre.

    Au lieu de remettre ce genre de dogmes en cause, on préfère donc inciter les citoyens à changer leurs pratiques, les rendant ainsi plus ou moins responsables des dysfonctionnements capitalistes. Pourtant l’ensemble de ces citoyens n’est a priori qu’un collectif d’individus disparates sans grand pouvoir – sauf celui de le déléguer une fois tous les cinq ans. Alors que les vrais choix conscients qui engagent sont, eux, le fait de collectifs plus restreints, en particulier patronaux, échappant en grande part à tout contrôle démocratique.

    C’est ainsi par exemple que l’on reporte souvent la cause du chômage sur un défaut de formation continue mais aussi initiale, c’est-à-dire sur les salariés et sur l’Éducation nationale qui devrait à elle seule résorber tous nos maux. Sont épargnés de la sorte le monde économique et son mode de fonctionnement soumis à la rationalité particulière de l’actionnariat. Actionnariat qui provoque pourtant du chômage avec la fermeture de nombre d’entreprises, dont certaines neuves et opérationnelles comme celle de Vilvorde dans le passé.

    Idem en matière de dégâts écologiques où l’on préfère agir sur les comportements des consommateurs plutôt que sur les choix économiques des producteurs : le fameux robinet du lavabo à fermer lorsqu’on se brosse les dents, plutôt que de s’attaquer, entre autres, au choix de la culture du maïs aux pratiques dispendieuses en eau…

    Il en va de même avec le fait d’imposer aux consommateurs le tri des déchets plutôt que d’agir en amont sur la coûteuse mais florissante industrie de l’emballage. Le comble étant peut-être atteint lorsque chaque biscuit d’un paquet est entouré d’une enveloppe plastique, ces enveloppes étant elles-mêmes disposées par trois ou quatre dans une gangue d’un plastique plus rigide, le tout à l’intérieur d’un carton richement imprimé… À comparer à une époque lorsqu’un rustique sac en papier kraft recueillait indistinctement toutes sortes d’ingrédients.

    Toujours dans le domaine alimentaire, les autorités mettent en place des règles peu lisibles et souvent changeantes d’étiquetage des produits, laissant au consommateur débordé la responsabilité de choix cornéliens entre prix et qualité, entre nuire à sa santé ou se trouver dans le rouge à la fin du mois. Mais où est ici le seul but valable pour des responsables politiques, à savoir l’approvisionnement de l’ensemble de la population avec une nourriture sans risque pour la santé ?

    À vrai dire, il y a un moment que politiques et décideurs économiques marchent main dans la main, la synthèse de ces deux sphères étant affichée sans complexe aujourd’hui par le slogan macronien de la « start-up nation ».
    Cela produit certes un monde plus anxiogène et plus complexe pour le citoyen sommé de remettre ses compétences en cause en tant que producteur, sommé d’opérer des choix incertains en tant que consommateur. Le tout pour la plus grande satisfaction de l’employeur/vendeur de produits qui, lui, n’est guère sollicité ! Car le citoyen producteur ou consommateur n’a ainsi pas véritablement prise sur les véritables choix faits par d’autres en amont, un peu comme cela transparaît dans ces questionnaires de satisfaction qu’administrations et entreprises vous proposent. Vos réponses ne sont là que pour des aménagements de fonctionnement à la marge, pour demander plus éventuellement aux salariés, mais jamais à l’employeur pour, par exemple, embaucher plus de personnel ou réorienter ses investissements…

    Cette déconnexion entre les vrais choix décidés à quelques-uns et les faux choix adressés à la grande masse peut expliquer en partie la naissance des théories du complot. Théories qui, sous cet angle, ne sont pas totalement infondées, sauf qu’il n’y a pas un centre décisionnel occulte mais plusieurs centres, à l’occasion avec des intérêts contradictoires, le tout caractéristique du capitalisme tel qu’il fonctionne « as usual ».

    Le moins que l’on puisse demander face à ces dénis de démocratie serait un droit de regard réel et surtout une association des citoyens aux choix économiques. C’est là, bien sûr, remettre en cause non seulement le secret des affaires mais aussi la propriété privée des moyens de production. Ne pas s’y engager, c’est laisser un ordre injuste et chaotique perdurer.

    AL