NPA Bourgogne Franche-Comté
  • Affaire Daval : Un traitement médiatique problématique

    La thèse de la disparition d’Alexia Daval le 28 octobre à Gray-la-ville, alors qu’elle serait partie faire un jogging, jouait déjà sur les peurs largement répandues de l’agresseur s’attaquant aux femmes seules osant sortir de chez elle sans la protection de leur conjoint ou leur père. Les appels à témoins s’étaient alors multipliés et les journaux nationaux et locaux s’étaient empressés de relayer cette histoire sans jamais questionner le témoignage du « gentil mari » éploré…

    Évidemment, un rôdeur qui s’attaquerait aux joggeuses, ça fait peur… et il est facile et tentant d’en remettre une couche sur l’insécurité soi-disant grandissante dans nos campagnes. En tout cas, c’est bien plus vendeur que les féminicides (tabou mais banal : un tous les trois jours en France). On en appelait à la prudence des femmes : ne sortez pas sans votre protecteur (mâle). L’entourage familial était alors présenté comme exemplaire, soudé, digne : un élément de stabilité et de sécurité face à un danger présenté comme un inconnu, sans visage. Ceci nous faisant vite oublier que la majorité des crimes envers les femmes sont commis par les proches, et en premier lieu par le conjoint.

    Soudain, le mari avoue

    Jonathan Daval, le mari d’Alexia avoue le 30 janvier, trois mois après les faits… trois mois durant lesquels il aura participé à la recherche du corps, puis à la marche blanche au côté des parents et s’est présenté comme « dévasté ». C’est son propre avocat qui annonce sa culpabilité, il aurait étranglé son épouse « par accident ». Bien sûr ! Les chaînes d’infos en continu relaient l’information, sans jamais la questionner, et c’est sur les réseaux sociaux que les féministes prennent la parole : un étranglement accidentel ? Il faudrait qu’on nous explique comment cela est possible…

    Loin de s’arrêter là, les avocats continuent d’organiser la défense, et comme il est difficile de nous faire avaler « l’étranglement accidentel », c’est la victime qui est accusée ! Après tout, si un homme en vient à étrangler sa conjointe, c’est qu’elle l’a cherché… Elle aurait une « personnalité écrasante », lui ne serait pas un « meurtrier » mais « un jeune garçon qui dans une crise de couple a accidentellement occasionné la mort de son épouse »… Pauvre chéri ! Son avocat ira même jusqu’à déclarer « Cette fille-là, à son âge et vu ses attentes, il lui fallait un mec. Un vrai mec. Un mec qui assurait »… Alexia en voulait trop, était déraisonnable…

    Et puis ils n’arrivaient pas à avoir d’enfants, ce qui permettrait d’imaginer un comportement irascible de la part d’Alexia. Comme souvent dans ce type d’histoire, la femme est assimilée à une fonction maternelle qui la domine.

    Que l’avocat de Jonathan Daval organise sa défense avec des positionnements proprement scandaleux, c’est une chose. On peut en discuter, mais dans le fond, il défend son client. Mais que la presse, dans sa très grande majorité, reprenne en cœur ses arguments, les diffuse sans les mettre en doute, comme des vérités évidentes et indiscutables est autre chose. On en viendrait presque à verser une larme pour ce jeune homme oubliant qu’il a tué, qu’il a mis en scène, froidement, la disparition, qu’il a dissimulé le corps… Dominique Rizet, « spécialiste police-justice » sur BFM-TV, nous fait part de son émotion le 30 janvier au soir : « J’aimerais être l’avocat de Jonathan Daval, c’est quelqu’un de terriblement humain. » Au 20h de France 2, on apprend que « c’est un homme dévasté, rongé par le remords qui est passé aux aveux ».
    L’enquête scientifique montre toute la violence qui a eu lieu au moment où Alexia a été asphyxiée puisque l’autopsie a révélé que le cadavre portait de nombreuses traces de coups et qu’elle s’était défendue au point de se retourner les ongles.

    Un fait de société, pas un fait divers

    En plein mouvement #metoo, c’est le traitement en fait divers d’un fait de société qui est problématique. Le meurtre d’Alexia Daval n’est pas juste un crime crapuleux qui ferait un bon numéro de « Faites entrer l’accusé » d’ici quelques années. Il s’agit d’un féminicide comme il y en a tous les trois jours en France. La sphère médiatique et politique a fait semblant, suite à l’affaire Weinstein, de découvrir les violences faites aux femmes, les grandes absentes des médias et de toutes les autres sphères de pouvoir. Mais le monstre qui s’attaque aux femmes n’est pas un inconnu sans visage, un homme malade addict au sexe ou étouffé par la personnalité trop encombrante de sa femme. C’est un système, le patriarcat, qui est responsable de tous ces meurtres, système dans lequel, rappelons-le, plus de 80 % des victimes de meurtres conjugaux sont des femmes !

    JM d’après un article de Léa V paru dans la presse nationale du NPA