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NPA Bourgogne Franche-Comté
  • RETOUR SUR LA MUNICIPALE A SAINT-CLAUDE (HAUT-JURA)

    7 août 2020

    Dans une tribune libre d’un journal local, un Haut-Jurassien connu sur la place publique invitait les habitants de Saint-Claude et alentours à ne pas être des passéistes en renonçant à se battre contre la fermeture de trois services de l’hôpital de Saint-Claude. Mais, contrairement à son souhait de ne pas en faire un enjeu lors de la municipale, le clivage pro et anti a tout de même fonctionné en donnant environ deux tiers des voix aux deux listes opposées aux fermetures. Et la troisième liste qui voulait les accompagner a perdu.
    C’est que les citoyens n’adhèrent pas si facilement au discours du renoncement, discours de plus quelque peu contradictoire chez l’auteur de la tribune libre en question. En effet, à propos de la soi-disant inéluctabilité des fermetures de services hospitaliers, il dit : « Ce n’est pas en arrachant les aiguilles d’une montre qu’on arrête le temps » en suppliant de manière pathétique les maires pour qu’ils enlèvent de leurs communes les banderoles protestant contre les fermetures. Pourtant les manifestations de citoyens, devant l’absence désormais des services en cause, sont aussi une réalité incontournable et enlever les banderoles, ne serait-ce pas « arracher les aiguilles d’une montre » pour essayer d’arrêter le temps de la contestation et de gommer des pertes difficilement réparables ? On peut ainsi retourner la leçon de réalisme à ce Haut-Jurassien en lui proposant un dicton proche : « Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait baisser la température ».
    Autre contradiction, lorsqu’il soutient que Saint-Claude et Oyonnax auraient dû s’unir autrefois pour mettre sur pied un hôpital commun alors que, par ailleurs, il accuse une improbable « globalisation » de tous nos maux. Pourtant, devoir se mettre à deux pour faire un, n’est-ce pas faire de la globalisation alors que notre écrivain affirme aussi : « C’est en combattant la globalisation que nous réussirons à faire bouger le curseur ». De l’art de lutter contre un ennemi en allant au devant de ses pratiques...
    En fait, ce que nie sa pensée confuse, c’est la conflictualité du champ social : en société, il y a des intérêts contradictoires et la politique c’est essayer de les gérer. D’un côté, il y a des citoyens et certains élus qui ne veulent pas voir leurs services publics et leurs entreprises fermer sous des prétextes purement comptables ou spéculatifs. De l’autre, il y a des grands groupes industriels et bancaires, fonds d’actionnaires, gros contribuables, appuyés par d’autres élus, qui veulent verser le moins possible aux collectivités territoriales qu’ils mettent en concurrence et qui sont obligées du coup de réduire leurs voilures.
    L’auteur de la tribune libre nous demande d’accepter les conséquences des décisions d’une minorité de prédateurs qu’il cache derrière les mots creux de « globalisation » ou « l’économique » ou encore « les politiques, les gouvernements » dans leur ensemble... entités vides données par lui comme des phénomènes quasi-naturels devant lesquels on n’aurait plus qu’à s’incliner. Selon lui, on aurait une certaine marge de manoeuvre mais au sein d’un cadre fixé d’avance qu’il est inutile de contester. C’est pourquoi il nous invite malgré tout autour de la table : « Nous devrons innover (…) Elargissons le débat, informons, développons, valorisons, débattons... » sur des miettes conclurais-je. Pendant ce temps, le nombre de milliardaires augmente partout, les inégalités s’accroissent et moins de 1% d’individus détiennent désormais 50% de la richesse mondiale. Mais, face à ce genre d’arguments, la tolérance des gentils organisateurs de la discussion comme ce monsieur se transforme vite en rejet courroucé, voire en insultes.

    AL

    Juillet 2020